"Thème n°4 : L'emploi et ses conséquences : « L'emploi qu'un homme finit par obtenir est rarement celui pour lequel il s'était préparé et dans lequel il pensait pouvoir être utile » , Marguerite Yourcenar
Ma grande humanité ayant des limites, je décidais alors d'être un peu plus franc lorsqu'elle ne se gêna pas pour m'envoyer paître avec un « mais qu'est-ce que tu crois moi je n'ai pas le temps de rester à la maison pour réviser un concours ». C'est ce qu'on pourrait appeler « le poids des mots, le choc des baffes ». Ne pas exercer une activité professionnelle pendant la durée de révision de mon concours administratif était effectivement un choix, mais je n'attendais en revanche aucun conseil, aucun avis ni même aucune fausse compassion sur ma situation actuelle : j'avais choisi, je ne m'en plaignais pas mais n'autorisais surtout pas quelqu'un à porter un jugement.
Aguerri par de tels propos, je me demandais alors si la vie professionnelle pouvait changer une personne du tout au tout, du jour au lendemain, sans période d'essai ni préavis ? Force est de constater qu'en la matière, la plupart des gens qui débutent dans une profession donnée ont tout vu, ont tout fait et ce sont aussi eux qui ont le plus de travail, qui sont les plus compétents et qui ne supportent absolument pas les critiques ou remarques objectives, accusant pourtant à défaut de lourdes poches, des pantalons entiers sous les yeux !
Les gens autour de moi que j'avais connu ces dernières années qui avaient débutés dans une profession se trouvaient en effet être in fine tous les mêmes après quelque temps : aigris, beaucoup moins drôles, lassés, « overbookés » à longueur de temps et surtout vieillis comme par enchantement. De façon très légitime, et même si pour certains d'entre eux leur situation se stabilise par la suite en devenant plus confortable, doit-on considérer que l'entrée dans la vie active est une sorte d'épilogue à la fin du début ? En d'autres termes, le travail est-il destructeur pour l'être humain ou est-il salvateur dans sa finalité ? Nous aide-t-il à nous réaliser lorsque nous avons eu du mal à y parvenir ou au contraire nous pousse-t-il à un certain « abandon social » en nous « désocialisant » justement ?
N'ayant eu que des emplois de courtes durées, je supposais ne pas pouvoir apporter de réponse concrète à ces questions. Pourtant en réfléchissant, j'en venais à me dire que tout cela suit un schéma presque logique. Et si à chaque âge correspondait une période, une étape à franchir, qui avec le temps se durcit progressivement ? Apprendre à marcher est une des étapes primaire de toute vie humaine, et bien qu'elle ne nous ai pas laissé de traces, elle nous prend en moyenne un an pour la réaliser. De la même façon apprendre à lire et à écrire constitue la base nécessaire de tout individu pour son développement dans les sociétés actuelles et cette étape en revanche nous prend au minimum 5 ans. Sur la même lancée l'obtention de diplômes ou de qualifications nous prend également entre 7 à 14 ans. Continuant mon évolution, dans ce cas là, combien de temps doit nous prendre un positionnement dans un travail ? Si l'on considère que ce dernier est mis en mouvement par divers facteurs tels que la stabilité amoureuse, familiale, notre propre positionnement psychologique par rapport à la société et nos loisirs alors la réussite professionnelle trouve sa garantie dans la réalisation effective de tous ces points. En revanche si l'on considère que nos compétences professionnelles sont mû par un critère d'objectivité et de neutralité, le temps nécessaire apparaîtra alors en fonction d'un certain degré de maturité qui peut varier d'une personne à l'autre mais qui ne doit pas en tout état de cause être excessif afin d'être opérationnel et de satisfaire les besoins de l'employeur.
Anéanti moi-même par une future charge de travail que je ne connais même pas, par le poids d'un bonheur que je n'imagine pas et par les responsabilités auxquelles je n'ai aucune envie de penser, je décidais d'aller me donner à Morphée, réalisant qu'apparemment la seule formation qu'il ait reçu étant celle de me rendre meilleur chaque jour venant, pansant ma fatigue et mes maux, je décidais alors de renouveler son contrat, une fois de plus."


